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Comment gérer une production insuffisante de lait maternel?

9 juin 2026 Pharmacie de la Paderne 5 min de lecture

A six mois, seulement quarante-huit pour cent des bébés sont encore exclusivement nourris au sein. La première cause d’arrêt de l’allaitement est le sentiment de ne pas avoir assez de lait.

Toutes les femmes n’arrivent pas à produire suffisamment de lait pour des raisons anatomiques et physiologiques. De plus la perception de ce qu’est une production insuffisante est subjective car on mesure rarement la réelle production de lait.

Développement des tissus mammaires de la naissance à la grossesse

On observe in utero, le développement de structure mammaires et de cellules myoépithéliales qui sous l’action de l’ocytocine favorise l’éjection du lait. A la puberté, des poches et des structures glandulaires se développent mais elles restent immatures avant la grossesse (cf figure ci-dessous).

Pendant la grossesse, on a une multiplication de ces structures qui sont activées par les hormones de la lactation après l’accouchement. Après le sevrage elles régressent sous l’action des macrophages. L’évolution des structures mammaires est contrôlée par les hormones:

  • l’oestrogène et la progestérone de la puberté à l’accouchement
  • l’hormone placentaire lactogène pendant la grossesse
  • la prolactine de la grossesse au sevrage
  • rôle possible d’autres hormones: glucocorticoïdes, insuline, hormones thyroïdiennes, GnRH

On a peu de connaissances sur les facteurs génétiques qui peuvent influencer la quantité de lait produit mais il existe l’effet d’une mutation des transporteurs de Zinc (Zn). Il existe deux transporteurs du Zn dans le lait maternel (ZnT2 et ZnT4), une mutation du transporteur ZnT2 cause une réduction des jonctions serrées entre les cellules de l’épithélium glandulaire favorisant ainsi une perte de lait. Cette mutation pourrait être présente chez environ 20% des femmes.

Quels sont les facteurs de risque de faible production de lait maternel?

Il y a des facteurs de risque de faible lactation qui sont liés à la mère:

  • syndrome des ovaires polykystiques: le syndrome des ovaires polykystiques (SOP) est une condition endocrinienne fréquente qui se caractérise par l’accumulation de petites kystes dans les ovaires. Les symptômes sont: cycles menstruels irréguliers, infertilité, acné, obésité et troubles du comportement menstruel. Les femmes affectées par ce syndrome sonuffrent souvent de surpoids et d’insulinorésistance. Les femmes allaitantes souffrant de SOP ont plus de mal à avoir beaucoup de lait et ont en général un allaitement plus court.
  • hypothyroïdie: il s’agit le plus souvent d’une pathologie autoimmunitaire dont l’incidence augmente avec l’âge et le fait d’avoir une grossesse tardive. Sa conséquence est le blocage de la voie de la prolactine se traduisant par une moindre quantité de protéines dans le lait (caséines, lactalbumine).
  • diabète gestationnel: le démarrage de l’allaitement est plus difficile chez les femmes ayant souffert de dibète gestationnel car l’insulinorésistance .
  • le surpoids: le surpoids peut être une des causes de l’hypothyroïdie ou du diabète gestationnel. Les femmes en surpoids ont souvent une moindre production de lait et un retard à l’initiation de l’allaitement. Cela est du à une moindre capacité de stockage car elles ont un développement moins important des tissus mammaires au cours de la grossesse. Hors c’est la quantité de tissus glandulaires qui conditionne la quantité de lait produit.
  • l’âge de la mère: avec l’âge on note un changement de la composition corporelle, une diminution du métabolisme de base, une moindre sécrétion et sensibilité à l’insuline. On estime que l’on a une baisse de la production de 7ml/jour pour chaque année qui passe.
  • antécèdents de chirurgie mammaire

Il existe des facteurs de riques liés au bébé:

  • ankyloglossie: également appelée frein de langue court, est une malformation congénitale où le frein lingual (la fine bande de tissu reliant la langue au plancher de la bouche) est anormalement court, épais ou peu élastique, ce qui restreint les mouvements normaux de la langue. Ces nourrissons souffrent de difficultés d’allaitement, succion inefficace, fatigue rapide, prise de poids insuffisante, douleurs mammaires chez la personne allaitante.
  • prématurité: les prématurés ont plus de mal à têter et donc à stimuler la lactation de la maman.
  • bec de lièvre
  • syndrôme de Pierre Robin: c’est une malformation congénitale rare caractérisée par une micrognathie, une glossoptose et souvent une fente palatine, entraînant des difficultés respiratoires et alimentaires chez le nouveau-né.
  • faiblesse musculaire

Comment agir face à une faible production de lait maternel?

La production de lait maternel est considéré insuffisante lorsqu’elle est inférieure à 600ml/j. Elle se caractérise par une perte de 10 % du poids de naissance au troisième jour et le sentiment de la maman que son bébé n’a pas pris assez de lait. Il est très important d’identifier les facteurs de risque dès le sixième mois de grossesse. En effet une femme qui a un facteur de risque a 70% de chances en plus de ne pas réussir un allaitement exclusif, les risques se cumulent si on a plusieurs facteurs de risque.

Le but est d’aider ces femmes à maximiser leur potentiel de lactation le plus tôt possible. Le point critique est d’atteindre 600ml/jour à partir du huitième jour après la naissance. On estime que ce que la maman produit après quinze jours reflète ce qu’elle produira six semaines plus tard. A partir de ce moment c’est la stimulation par les tétées ou le tirage du lait qui est prépondérante.

Des études montrent que si on tire son lait 3 fois par jour, on produit en moyenne 600ml/jour. On monte à 800ml/jour si on tire son lait six fois par jour. Il n’y a pas de vrai gain à tirer son lait plus de six fois par jour. Il est important de ne pas trop espacer les séances de tirage car on observe une baisse de la production de lait au bout de six heures.

Ainsi augmenter la fréquence des tirages permet de maximiser la production de lait mais pas d’annuler les problèmes métaboliques. Il est important de demander conseil aux soignants pour avoir dès l’accouchement l’attitude qui permette d’atteindre rapidement son pic de lactation.

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